lundi 26 mars 2012

DES USAGES PROFESSIONNELS DU BLOG: PARTAGE D'EXPERIENCES


           
 


 Une professeur de lettres, Françoise Cahen,  partage ses expériences de l'usage du blog avec ses élèves. c'est des succès qui méritent d'être contextualisés et essayés ...
Rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans imitation (Victor Hugo).

 44                                                                                                               APPLICATIONS PÉDAGOGIQUES
Des outils pour le français
Il existe différents types de blogs. Avant de se lancer, une première étape consiste donc à définir son projet. Tout d’abord, il faut savoir qu’une caractéristique du blog est que les informations s’y affichent par ordre chronologique inversé. Ainsi, même si l’on peut faire des rubriques thématiques pour retrouver les articles plus facilement, c’est toujours le dernier article publié qui s’affiche en premier. Ensuite, un blog ne peut pas concerner plusieurs classes à la fois, sinon – l’expérience le montre – on ne s’y retrouve plus. Il est donc conseillé d’associer un blog à une classe et une matière, alors qu’un site, en revanche, s’adresse plus facilement à plusieurs classes pour une matière (c’est ce que montre le site d’un collègue de mathématiques) ou plusieurs matières pour une classe (mes BTS domotique ont ainsi leur site). Enfin, un projet initial peut évoluer ; j’exploite d’ailleurs mes blogs assez différemment de ce que j’avais imaginé au départ. La typologie qui suit donne un aperçu des catégories de blogs existantes.

Définir son type de blog
Le blog « cahier de textes » Le blog est souvent un cahier de textes (voir le blog « Atout lettres première »). Parfois assez peu interactif, il présente l’avantage d’être consultable par les élèves à domicile, contrairement au cahier de textes classique. Comme celui-ci, il n’est pertinent que s’il est rempli chaque jour. En outre, cette notation quotidienne des activités scolaires rend la présentation des devoirs et des cours assez abrupte. La fonction « commentaire » du blog est même parfois désactivée. Reste qu’il s’agit tout de même d’un bon outil de gestion, qui fait penser au « cartable électronique » dont on parle beaucoup en ce moment dans l’académie de Créteil.
Le blog pédagogique
Premières impressions d’une utilisatrice Quelques repères pour se lancer dans la création
d’un blog avec les élèves.
Françoise Cahen
PROFESSEUR DE LETTRES MODERNES
LYCÉE MAXIMILIEN-PERRET, ALFORTVILLE (94)
Ce type de blog peut aussi être un espace d’échange de documents. Certains s’en servent,pour mettre des textes d’auteurs en ligne, des postcasts (enregistrements sonores) ou des images étudiées en classe. Le blog s’apparente
alors à un manuel scolaire personnalisé. Le blog de travaux d’élèves Le blog est parfois le support d’un projet d’écriture précis. C’est alors un très bon outil pour des défis lecture, des prix littéraires : les élèves y inscrivent
au fur et à mesure leurs critiques d’ouvrages, leurs rédactions… Ils peuvent réagir les uns par rapport aux autres. Certains blogs de classe sont « multiprojets », véritables supports de cours, grands cahiers collectifs, comme le blog « Les mots à la bouche » du collège de Guérande. Il faudrait pour cela que les élèves aient des ordinateurs en classe pour écrire souvent. Peut-être cela se réalisera-t-il un jour. Quoi qu’il en soit, les élèves ont la main pour rédiger des articles sur le blog et les proposer à la publication.

Le « blog mixte »
C’est le cas de mes blogs sur WebLettres (« Partages » pour les secondes et « Traces de cours » pour les premières) qui ne sont pas strictement des blogs de prof, même si c’est moi qui initie les différents débats, les sujets des articles. Tendant vers deux buts à la fois, ils sont plus vivants, plus interactifs que des blogs cahiers de textes (même si l’on y retrouve les activités menées en classe, les groupements de textes), car les élèves sont
incités à répondre, à écrire des commentaires. Quelques devoirs sont mis en ligne aussi. Parfois, cela tourne à l’aide aux devoirs… et l’on entre alors dans les fonctions « magiques » que je découvre peu à peu à travers ces blogs.
Les fonctionnalités insoupçonnées de mes blogs: récit d’une découverte
Au départ, avant de me lancer, ne connaissant personne qui menait ce genre d’expérience mais vivement encouragée par le succès que rencontrait l’un de mes collègues avec son site de maths, j’avais une vague idée de ce que je voulais faire. C’est en pratiquant l’exercice que j’ai peu à peu découvert – mais non pas épuisé – les potentialités du blog.

Un cahier de textes amélioré

Mémoire des activités menées en cours consultable à tout moment, il permet de télécharger les documents essentiels, de chez soi. L’élève absent ou étourdi y retrouve les questionnaires de lecture. Les premières, en fin d’année, retrouvent, classés par objets d’études, tous les textes à réviser mais aussi des documents complémentaires, les photos des pièces de théâtre vues ensemble…
Moi-même, pour élaborer le descriptif des lectures et des activités en vue de l’oral de l’EAF, je n’ai plus à rechercher dans mes archives mal classées : il me suffit de faire un « copier-coller » des pages de mon blog qui récapitulent chaque objet d’étude. J’inscrirai d’ailleurs les références du blog sur le descriptif définitif : les examinateurs pourront s’y référer pour y retrouver plus précisément le reflet de ce que nous avons fait au cours de l’année.

Un café littéraire
C’est une collègue conseillère d’orientation qui a trouvé l’expression « café littéraire » après avoir consulté les blogs de professeurs de lettres sur WebLettres. Cette fonction était pour moi moins prévisible. Quand j’ai mis sur le blog une gravure représentant la rencontre de Julien Sorel et de Madame de Rênal, je ne m’attendais pas à avoir dix commentaires d’élèves sur le sujet en près d’un week-end, décortiquant le dessin (qui pourtant ne présentait pas un grand intérêt), discutant sur l’interprétation qu’on pouvait en faire… Le sujet littéraire en quittant la salle de cours perd son aspect purement scolaire : argumenter sur une gravure ou un sujet polémique de chez soi, avec un mode de communication habituel entre jeunes, c’est en faire un sujet naturel, où l’on s’implique davantage, alors que ce n’est ni noté, ni rétribué sous quelque forme que ce soit. C’est un geste de participation spontané des élèves, ce qui le rend assez beau, d’autant plus qu’il prend une forme écrite (malgré les fautes). Mes collègues de maths et d’histoire m’ont rapporté avec étonnement qu’ils entendaient les élèves à l’interclasse discuter entre eux de la personnalité de Julien Sorel. Nous venions justement de lancer un sondage sur le blog : « Trouvez-vous Julien Sorel sympathique ? ». Le débat littéraire a quitté les limites de la salle de classe et a investi les couloirs, pour devenir un sujet de conversation naturel.

Aide aux devoirs
Sans en faire de l’aide en ligne et en direct, qui nous demanderait une disponibilité permanente,
le blog permet à l’élève en détresse face à un texte ou un devoir de poser une question à travers les commentaires. On n’a pas toujours le temps de répondre comme on voudrait aux questions des élèves en cours ou à la récréation au lycée : le blog optimise cette aide car la réponse à un élève est à la disposition du reste de la classe. On ne va pas avoir à répondre plusieurs fois à la même question individuelle sur le devoir. Un élève de seconde s’est cassé le genou et les ligaments, ce qui l’a immobilisé chez lui pendant deux mois. Pour lui, le blog   a été un soutien, ses camarades ont pu lui témoigner de la sympathie, il a pu suivre le travail de la classe.

Album souvenir
Le blog crée du lien. En ce sens, il répond à ce que les adolescents attendent souvent d’Internet. On peut y publier des photos souvenirs de nos sorties (attention à demander aux parents l’autorisation de publier des photos de leurs enfants), de nos mises en scène de théâtre, etc., que les élèves aiment regarder ensuite. Ce côté convivial contribue à humaniser le blog et à ôter au travail littéraire (qui reste essentiel) son apparence a priori poussiéreuse et sclérosée. C’est aussi un appât. Celui qui vient sur le blog pour voir la photo de sa
copine va aussi tomber sur la question : « Qu’avez -vous pensé de la mise en scène ? » et va être tenté de répondre.

Ressource documentaire
J’aime bien y ajouter des documents complémentaires, pour faire réagir les élèves. On ne va pas se mettre à refaire l’explication de texte vue en classe, mais on va discuter sur un tableau qui pourrait être rapproché du dernier texte étudié. Le blog n’est pas un substitut du cours : c’est un « petit plus ». Certains élèves (pas les plus courageux) auraient pourtant bien aimé ne plus avoir à prendre les cours en classe, et espéraient que tout serait sur le blog ! Les images sont en couleurs, c’est plus attrayant qu’une vieille photocopie (qui peut cependant être donnée parallèlement au cours suivant). J’y mets aussi beaucoup de liens avec d’autres sites qui
leur permettent de compléter leurs connaissances sur un sujet. Certains élèves proposent même des liens spontanément. Il faut rester vigilant : les liens qu’on crée comportent parfois des publicités gênantes.

Accrocher ou raccrocher les élèves
Certaines réactions d’élèves sont très positives, pour des gens habituellement rétifs aux travaux écrits. Arnaud, en seconde, redoublant, drogué d’informatique, n’a jamais autant développé une réponse argumentée que depuis qu’il a pu la rendre en commentaire sur le blog. Sarah, en première, est accro alors qu’elle est faible. Les
exemples sont nombreux. Beaucoup d’élèves pas très forts se sentent rassurés. Ils disent souvent « merci », et cela même s’ils n’osent pas tous écrire des commentaires. Ce n’est pas non plus la solution miracle, et parmi mes élèves férus de jeux vidéo en ligne, certains ne donnent pas plus signe de vie sur le blog qu’en cours.

Hotline

Parfois on s’en sert pour signaler quelque chose d’urgent alors qu’on ne peut pas se revoir (certes sans savoir combien consulteront l’information). C’est ainsi que Léonard, en première, s’est rendu compte un mercredi que
Le Rouge et le Noir
passait à la télévision le jeudi à 14 heures. Il a aussitôt envoyé l’information sur le blog. Un élève de seconde s’est même servi du blog pour une demande de rendez-vous de ses parents. Je n’ai pas validé son commentaire car il ne concernait pas les autres, mais j’ai été mise au courant efficacement.

Support de devoir noté
Pour inciter ma classe de seconde, pas du tout littéraire, à aller sur le blog, j’ai proposé à ceux qui le voulaient de me rendre un mini-devoir (une question faisant suite au cours sur le personnage de Médée) en commentaire sur le blog. Les autres pouvaient le rendre sur feuille. Beaucoup ont préféré la feuille en pensant que sur le blog,
cela pouvait se perdre, c’était moins sûr… Depuis, on s’en sert pour la dernière chance
des retardataires. Je leur dis que, s’ils ont oublié leur copie de devoir, ils peuvent la rendre sur le blog le soir même. J’ai aussi demandé à de très bons élèves l’autorisation de  donner accès à leur copie aux autres par téléchargement.

Le don d’ubiquité
Cette impression de pouvoir dilater le temps si limité dont nous disposons avec les élèves en classe est exaltante. J’ai l’impression d’être avec mes chers élèves de premières S2 plus que 4 heures par semaine, parce que sans être vraiment avec eux, je suis encore un peu là s’ils en ont besoin. Et eux sont encore ensemble s’ils le souhaitent… On fait encore un peu cours hors du cours, hors du temps, hors de l’espace…

Les limites du blog
Face à un nouvel outil, on doit forcément se montrer prudent, et j’éprouve vraiment le besoin de réfléchir plus profondément à ces multiples pistes pédagogiques qui s’offrent brutalement. Plusieurs difficultés émergent.

Les codes de l’expression écrite sur un blog pédagogique

Il est parfois difficile de faire comprendre aux élèves qu’ici ils ne sont plus sur la messagerie MSN mais sur le blog du cours, et qu’il faut écrire en français correct. De plus, tous ne maîtrisent pas bien le maniement du clavier, et même s’ils sont persuadés d’avoir fait des efforts, de n’avoir pas laissé passer de fautes, l’orthographe de leurs messages est bien souvent catastrophique. Les rappels à l’ordre pour leur dire de veiller à leur langage ne sont pas très efficaces. Pour l’orthographe, l’idéal serait d’avoir une fonction de correction qui ferait apparaître les fautes d’une autre couleur… Les limites de ce qui est diffamatoire ne leur sont pas forcément naturelles. Une élève avait désigné dans son message l’une de ses camarades par le surnom peu élégant de « Durex ». J’ai refusé de publier ce message et lui ai expliqué que les surnoms pouvaient vexer les gens et que, d’autre part, le blog devait avoir une certaine tenue…
46 APPLICATIONS PÉDAGOGIQUES
Des outils pour le français
LES DOSSIERS DE L’INGÉNIERIE ÉDUCATIVE
Sans être
vraiment avec eux,
je suis encore un peu
là s’ils en ont besoin.
Une pratique chronophage?
On est tellement content de l’utiliser qu’on ne compte pas le temps qu’on y passe. Mais même si c’est vite fait d’insérer une image et une question sur un blog et si on n’est pas obligé de le gérer quotidiennement, dans le cas d’un blog comme le mien, on y passe effectivement du temps « en plus ». Cela peut heurter certains qui ont l’impression qu’on se laisse envahir à domicile par le travail, puisqu’on crée un lien extrascolaire avec les élèves. Cependant, je veux croire pour le moment que cet outil fait aussi gagner du temps, par exemple en explications sur un sujet de cours difficile. Cela fait gagner en efforts par rapport à des élèves dépendants des jeux vidéo et d’Internet, avec qui on peut rétablir un lien. On peut ainsi espérer équilibrer la balance. D’autant qu’il n’est pas question de mettre de vrais cours sur le blog, mais uniquement de lancer des débats, des questions ou de joindre des documents existants. Avec un peu d’expérience, en quelques clics, on a publié un nouvel article. Ce n’est pas plus long que de mettre à jour un cahier de textes.

Big Brother?
On peut se sentir observé dès lors que l’on choisit d’ouvrir son blog aux visiteurs. Il faut cependant noter qu’on a le choix d’organiser un accès limité aux élèves, et de le laisser ou non accessible aux autres. Personnellement, j’ai laissé l’accès de mes blogs ouvert, parce que je pense que dans cette phase d’expérimentation nous avons besoin d’observer ce que font les autres. Mais ce n’est sans doute pas la vocation des blogs pédagogiques, pour lesquels un accès limité est plus sécurisant. Certains parents disent qu’ils fréquentent régulièrement le blog pour rester en lien avec ce que fait leur enfant. Une maman m’a donné l’impression de repasser le bac français elle-même par cet intermédiaire. On peut apprécier ou être plus réticent… Une autre fois, un visiteur inconnu qui avait atterri là par hasard en cherchant une image sur Google a laissé un commentaire. Dans un premier mouvement, le message paraît sympathique puis, à la réflexion, on se dit que non, ce blog doit rester celui de la classe, sans intrusions extérieures. Heureusement, on peut toujours refuser de publier les commentaires importuns.

L’incertitude de l’usage à domicile du blog
Comment savoir qui consulte le blog ? On ne peut pas exiger sa fréquentation : certains parents ont même signalé qu’ils en interdisaient l’accès à leur enfant. On ne peut donc pas y mettre des éléments essentiels. Si certains élèves peuvent répondre à un devoir sur le blog, c’est forcément facultatif, ils doivent aussi pouvoir le rendre sous sa forme « papier » traditionnelle. N’ayant pas encore disposé de la fonctionnalité pour compter les visiteurs du blog, je me fie aux messages pour dire que oui, le jeu en vaut la chandelle, ce blog est bien lu… Mais combien le lisent sans laisser de message ? Mystère ! Le week-end où le site était hors service et où les blogs sont restés inaccessibles, j’ai pu entendre tout un chœur d’élèves s’en plaindre le lundi. Pourtant, ces protestations n’émanaient pas majoritairement de ceux qui y laissent le plus fréquemment des commentaires.
Je suis gênée, car le blog crée une inégalité. Un élève m’a dit : « En ce moment, Internet est en panne, chez moi.» Et il y a le problème de ceux qui se trouvent obligés d’aller au CDI ou à la médiathèque municipale pour voir le blog… La solution serait d’accéder au blog directement en classe, quand on aura nos fameux ordinateurs portables en seconde, pour cette classe « nomade » que nous attendons avec impatience.
À ce moment-là, le blog sera réellement égalitaire et interactif…

 




1 commentaire:

  1. Cet article riche en exemples d'usage de blog, me permet de comprendre à quel point il est encore une fois primordial de contextualiser l'usage des outils afin de les adapter en y effectuant certains changements ou évolution des fonctionnalités générales/basiques existantes, à des activités pédagogiques précises, et en faire non seulement un outil mais un canal de communication spécifique à une activité prédéfinie respectant des aspects méthodologiques pour tous les intervenants.
    D'autre part dans le cas précis de ce professeur, l'une des limites vient des parents, il est donc aussi important "d'éduquer" les parents de jeunes élèves surtout aux avantages de l'usage du blog comme canal de communication et outil pédagogique.

    Enfin, la citation de Victor Hugo qui introduit l'article, affirme à quel point la recherche à partir de modèles existants est importante, et que la création du niveau zéro n'existe presque pas!! il est donc important de comprendre et assimiler l'existant pour innover

    RépondreSupprimer

L'équipe_2 vous remercie pour votre participation.